Faire fleurir ou faire faner — le pouvoir de nos paroles
- Marie-Ève St-Germain
- 4 avr.
- 3 min de lecture

Il y a des plantes qu'on sort dehors pour la première fois au printemps. On les installe doucement, on choisit leur coin de lumière, on espère qu'elles vont s'acclimater. Elles sont fragiles, ces premières semaines. Pas besoin de grand-chose pour les faire fleurir — un peu de soleil, un peu d'eau. Mais une seule nuit de gel peut tout défaire.
Lancer une idée sur la place publique, c'est un peu pareil.
Que ce soit un commerce qu'on ouvre, un projet qu'on propose, un comité qu'on met sur pied ou un regroupement qu'on anime — ça demande du courage. Un courage que les gens de l'extérieur ne voient pas toujours. Ils voient le résultat : le kiosque monté, l'affiche posée, l'événement annoncé. Mais ils ne voient pas les heures derrière, les doutes, la vulnérabilité de dire voilà ce que j'ai à offrir sans savoir comment ça va être reçu.
Ce qu'on propose avec ce genre d'élan, ça vient des tripes. C'est pas calculé, c'est pas parfait — c'est sincère. C'est fait avec le goût de partager, d'enrichir, d'apporter quelque chose à la communauté. Sans prétention. Juste le désir que ça serve à quelqu'un.
Sauf qu'aujourd'hui, entre la bonne volonté et le public, il y a les réseaux sociaux.
Avant, comme j'ai souvent entendu dire mes grands-parents, on donnait son opinion sur le perron de l'église, en regardant l'autre dans les yeux. On pesait nos mots, parce qu'on savait à qui on parlait. Aujourd'hui, on écrit depuis son salon, caché derrière un profil sans vraie photo, parfois sans vrai nom. Et ce qu'on tape en trente secondes sous le coup de l'émotion peut atteindre de vraies personnes — des personnes qui ont mis des mois à bâtir ce qu'on vient de commenter.
Ce n'est pas anodin. Me Véronique Parent, avocate et analyste chez Option consommateurs, a épluché des dizaines de causes de diffamation en ligne au Canada. Son rapport de 2023 le confirme : 39 % des Canadiens ont déjà publié une critique négative en ligne. Et au Québec, certaines condamnations pour diffamation en ligne ont atteint jusqu'à 25 000 $ entre 2018 et 2021. Elle rappelle aussi que l'anonymat sur internet est relatif — une adresse IP peut identifier l'auteur d'un commentaire.
Mais au-delà de la loi, il y a quelque chose de plus simple : est-ce qu'on dirait la même chose en face à face?
Parce que dans l'autre sens, un mot bien placé peut faire des miracles.
Un beau commentaire. Un bravo sincère. Une étoile laissée sans qu'on vous le demande. Ce n'est pas grand-chose pour celui qui l'écrit — mais pour celui qui le reçoit, ça peut changer une journée. Parfois une trajectoire.
La science le confirme depuis longtemps. Les recherches sur l'effet Pygmalion le démontrent : les attentes positives qu'on projette sur quelqu'un tendent à se réaliser. Quand on croit en quelqu'un et qu'on le lui dit, ça agit. Biologiquement, recevoir une parole positive libère de la dopamine — le neurotransmetteur lié à la motivation et à la récompense. Un mot d'encouragement, c'est pas juste gentil. C'est puissant.
Et il y a quelque chose de beau là-dedans : des études montrent que les personnes qui encouragent régulièrement les autres rapportent elles-mêmes des niveaux plus élevés de bonheur dans leur propre vie. Encourager, ça fait du bien dans les deux sens.
La prochaine fois que vous croiserez un projet, un comité, un regroupement de gens qui osent proposer quelque chose dans votre coin de pays — prenez un instant avant d'écrire.
Demandez-vous si vous le diriez en personne, les yeux dans les yeux.
Et si vous avez aimé, si vous avez été touchés, si quelque chose vous a fait sourire — dites-le. Écrivez-le. Ces mots-là, ils nourrissent. Ils font fleurir.
On a tous ce pouvoir-là, chaque jour.





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